CHÂTEAU LAURENS

Les premiers témoignages de l’occupation du terrain de Belle-Isle font état d’une parcelle dédiée aux activités agricoles. Les vestiges du bâti initial attestent d’un moulin datant du XVe ou du XVIe s., et de bâtiments d’exploitation viticoles.

Vers 1720, un descriptif du Domaine de Belle-Isle, dont le propriétaire était alors M. Bandinel, fait état d’une parcelle comprenant : « …une maison, écurie, bois, jardin, puys à roue et champs…« . Aristide Bastide acquière Belle-Isle en 1830, développe l’exploitation viticole et ajoute un pavillon, la maison du Ramonet, ainsi que les remises et écuries.

En 1879, Marie Saint Etienne Laurens hérite du domaine qu’il lègue à son fils Emmanuel, lors de sa mort en 1898.

Emmanuel Laurens, ayant également hérité de la fortune de son oncle en 1897, entreprend dès 1899 une série de travaux visant à transformer la maison existante, en une villa flamboyante, synthèse du foisonnement artistique de cette fin de siècle qu’il affectionne particulièrement.

Il engage alors la création des « petits appartements » à l’emplacement même du bâti existant, la couverture de la serre, la construction de l’auditorium ainsi que du château à proprement dit, avec son couloir en « T », le laboratoire, le pronaos et les escaliers le desservant. Apparaissent également la serre-turbine au bord de l’Hérault, la remise adossée le long du ballast au nord, les écuries avec le logis d’intendant.

Le laboratoire, avec son couronnement, probablement ajouté postérieurement, et l’auditorium sont les deux seuls éléments architecturaux extérieurs affichant clairement le style « art nouveau ».

Les travaux principaux durent trois ans et s’achèvent en 1901, avec la réalisation du décor peint par Eugène Dufour, qui sera rappelé par Emmanuel Laurens en 1928 pour terminer les peintures murales et panneaux décoratifs de l’auditorium et du fumoir.

La richesse décorative du château Laurens est considérable ; la villa compte en effet de nombreux décors peints, vitraux, céramiques, tissus de soierie, ferronneries et boiseries, tous représentatifs de l’Art Nouveau et influencés par la décoration orientale et le pourtour méditerranéen[1].

Emmanuel Laurens, qui désirait inscrire sa demeure dans la modernité et le foisonnement artistique de son époque a en effet fait appel à des artistes contemporains reconnus à cette époque, tels que Théophile Laumonnerie, Alexandre Charpentier, Félix Aubert ou encore le mosaïste Gian Dominico Facchina. Les peintures murales ont s été réalisées par Eugène Dufour.

Le propriétaire, qui connaît un certain nombre de difficultés financières suite à des investissements hasardeux et un train de vie conséquent, est contraint de vendre le château en viager en 1938. Il vit alors avec sa famille retranché dans les « petits appartements ».

La guerre et l’occupation du château par l’armée allemande apportent des modifications intérieures. La communication entre la cage du grand escalier et le Grand salon est fermée, les portes sont numérotées et les murs du « fumoir » sont affligés de peintures allemandes et de dessins nazis, témoignant de la vie quotidienne des soldats au château.

Au décès de M. Laurens en 1959, les nouveaux propriétaires montpelliérains prennent pleinement possession du domaine, mais le laissent progressivement se dégrader. Sans entretien pendant de nombreuses années et livré aux intempéries, le château a subi d’importants dégâts lorsque la mairie d’Agde décide d’en devenir propriétaire en 1994. Classé aux Monuments Historiques en 1996 avec une partie de son parc, le château est en cours de restauration.


[1] Au cœur de l’histoire du château, il y a les voyages lointains d’Emmanuel Laurens. Une première croisière en 1903 le conduit en Egypte, à Ceylan, aux Indes, à Aden, Djibouti et Madagascar. Suivront la route de la soie, la découverte de la Russie, de Samarcande et de la Chine. Si l’Orient l’attire tout  particulièrement, Emmanuel aime parcourir les grandes capitales européennes où il s’enrichit des idées progressistes.