Exposition « le palais épiscopal » : maison de l’évêque et siège du pouvoir

Publié par

1 – Evolution architecturale

La demeure des évêques d’Agde est mentionnée pour la première fois en 1183. Les soubassements, encore visibles aujourd’hui en bordure du fleuve, en attestent l’origine. Le parement de façade (pierre de taille en basalte) présente des signes identiques à ceux relevés sur le bâtiment des chanoines (salle du chapitre). Il s’agit de marques de tacherons  (tailleurs de pierres) apposant leur sigle afin de se faire payer sur pièce (d’autres traces sont visibles dans l’escalier du clocher-donjon XIVème siècle). Le palais médiéval des évêques d’Agde était fortifié et faisait corps avec la cathédrale romane Saint-Etienne (unique exemple d’architecture romane fortifiée du sud de la France encore en élévation). Un passage est toujours visible dans la nef de la cathédrale, permettant la communication entre les appartements de l’évêque et l’église.

Le complexe architectural médiéval d’Agde subsista sans grand changement jusqu’au XVIIème siècle. Du côté de la ville, l’ensemble épiscopal s’articulait autour d’une cour séparée de la rue par un mur dans lequel s’ouvrait un portail. L’évêque Balthazar de Budos (1622-1629), fît paver cette dernière en pierres de basalte. On lui doit aussi l’édification de la porte de la grande salle (salle du conseil) de même matière usant d’un registre décoratif de style Renaissance, donnant sur un perron auquel Monseigneur avait prévu d’y ajouter une fontaine. L’eau devait être fournie par une écluse aménagée près du moulin sur l’Hérault mais, sa mort, en 1629, mis fin aux travaux.

Il faut attendre le siècle des lumières pour voir apparaître un projet architectural de grande ampleur donnant au palais épiscopal son unité imprégnée du classicisme du XVIIIème siècle.

Vers 1760, Monseigneur de Saint-Simon (évêque d’Agde de 1759-1790), entrepris une vaste campagne de restauration et d’embellissement du palais. Les éléments de fortification disparurent pour laisser place à une longue façade sur le fleuve s’étirant sur 77 mètres de longueur. Ce nouveau bâtiment s’élève de deux niveaux d’appartements sur les anciens soubassements médiévaux. Il présente deux légers ressauts à ses extrémités afin de rompre la monotonie générale.

Une deuxième campagne de travaux s’échelonna entre 1774 et 1778 ouvrant le palais de 17 portes fenêtres sur une vaste terrasse surplombant les quais, bordée d’un garde corps en fer forgé de style Louis XVI, reposant sur une corniche à modénature très accusée. La façade s’égaye par la mouluration des encadrements de ses baies. Un chambranle sculpté faisait le tour des portes-fenêtres ouvertes en arc surbaissés. La clef de voûte présentait un décor d’agrafe sculptée d’un masque (humain), d’un feuillage (acanthe) ou d’une simple console (élément d’architecture) variant dans le détail. Le percement des baies répondait aux préceptes de l’architecture classique d’un vide (fenêtre) pour deux pleins (mur) équilibrant la composition. De plus l’utilisation de la polychromie des pierres (jeux entre basalte et calcaire) rythmait la façade. La couverture était en tuile de terre cuite à faibles pentes reposant sur une génoise (corniche à deux rangs de tuiles et un rang de brique faisant débord) à la mode méridionale.

La composition architecturale de l’ensemble épiscopal d’Agde résulte d’aménagements successifs s’échelonnant du XIIème au XVIIIème siècle. Elle est issue de l’opposition.

Les lignes horizontales du palais (77 mètres de long) s’opposent avec les lignes verticales de la cathédrale (contreforts) prolongée par le clocher-donjon (35 mètres de haut). La masse sombre et austère de la  cathédrale (appareillage de basalte taillé) s’oppose à la clarté (façade colorée d’un crépi) largement ouverte par de larges baies sur une terrasse.

Une proportion existait entre ces deux valeurs et s’exprimait en géométral : la longueur du palais représente deux fois la hauteur du clocher-donjon. C’est en cela que nous voyons dans cette réalisation la main d’un homme savant au fait des traités de mathématique et d’architecture, un esprit éclairé.

Quant à la question de l’attribution du plan, nous ne connaissons pas le nom de l’architecte qui réalisa cet édifice ou bien s’il fût le fruit de l’esthète Saint-Simon appartenant à une très grande lignée de la noblesse française.

2 -Etude du Plan du palais épiscopal annoté : Fr. Longinus, Agathœus, Delin. 1894. (Musée Agathois, Jules Baudou)

Il retrace graphiquement la dévolution des espaces composant les appartements de l’évêque ainsi que l’aménagement de la cour et des bâtiments annexes. Un ensemble formant un U accolé à la cathédrale au sud, surplombant les quais à l’ouest, formé par les communs au nord et séparé de la rue des Accoules (aujourd’hui rue Honoret Muratet) par un mur de clôture à l’est. L’entrée  du complexe épiscopal était surveillée par un concierge occupant un logement dénommé « chambre du suisse » contre le portail, probablement surmonté des armes de l’évêque.

Nous pouvons y voir un ordonnancement des appartements dit « en enfilade », communiquant entre eux par de larges doubles portes côté terrasse sur fleuve. Les accès de service se faisant par des corridors ou couloirs côté cour, utilisés par le personnel de Monseigneur. Une succession de salons, chambres, d’antichambres, bibliothèque, grand vestibule médian, salle du conseil, salle à manger ou cabinet occupaient les espaces de réception à l’image des maisons nobles ou des riches propriétés. Le retour sur cour, parallèle à la cathédrale, était dévolu aux communs : cuisine, lavoir, buanderie, boulangerie, écuries… complétés par la basse-cour. Les appartements privés de Monseigneur l’évêque d’Agde s’articulaient autour d’une cour réservée à son effet entre église-cathédrale, chapelle-oratoire privé et bibliothèque.

Ce type de plan est constitutif du style français septentrional, parisien, des hôtels particuliers entre cour d’honneur (à l’avant) et jardin (à l’arrière) sur lequel se développent, par le jeux de terrasses, les salles de réceptions ouvertes par de grandes baies. Ici le fleuve Hérault, remplace le jardin à la  française, ordonnancé, aux entrelacs de buis.

3- la Bibliothèque

Cette dernière communiquait librement avec le sanctuaire de l’église St Étienne (à l’époque orientée à l’ouest). Constituée entre 1759 et 1791, sur une liste fournie à l’origine par Jean-françois Séguier de Nîmes, la bibliothèque comprenait à la mort du prélat Saint-Simon 6.000 volumes dont 1.400 in-folio, 1.200 in-quatro et le reste en format in-8 et plus petits. L’évêque se fournissait essentiellement à Paris, Lyon et Béziers. La moitié en auteurs classiques grecs et latins, dans le texte, un quart en ouvrages religieux et patrologies (langues mortes), le reste dédié à l’histoire, les sciences naturelles, la médecine… Lors de la confiscation des biens révolutionnaires la collection fut envoyée en 1794 à Béziers puis inventoriée en 1799 et dispersée en trois lots vendus en Europe. Une partie aurait été léguée en 1806 à la bibliothèque de le faculté de médecine de Montpellier par le docteur Paul Barthès (1.500 volumes). Cette description du fond de sa bibliothèque dépeint le portrait d’un homme érudit, d’une grande agilité intellectuelle avec une prédisposition pour la littérature, les langues, la religion et les arts, attestée par la longue correspondance entretenue avec Séguier de Nîmes et Calvet d’Avignon grands esprits éclairés du siècle des lumières.

4 – Le décor sculpté

  • Porte de l’ancien évêché d’Agde, Lit Aguillon, Pézenas (Musée Agathois, Jules Baudou)

L’encadrement de porte en basalte sculpté, fut réalisée sous l’épiscopat de Monseigneur Balthazar de Budos (1622-1629). Placée au centre de la façade sur cour elle marquait solennellement l’entrée du palais donnant accès à la salle du conseil, probablement à l’emplacement du grand vestibule médian sur le plan du palais de 1894. De style Renaissance, il est surmonté d’un fronton présentant un cartouche initialement aménagé pour recevoir les armes de l’évêque, puis remployer au service du tribunal de commerce de la ville. La partie sommitale se voie flanquée de deux cornes d’abondance, signe de richesse et de prospérité de la manse épiscopale. En dessous, deux masques d’hommes amortissent l’entablement et encadrent la clef décorative formant agrafe à visage d’homme barbu. A l’image d’un Bacchus rappelant la richesse des propriétés foncières et agricoles de l’évêque seigneur. La porte, présentant une menuiserie à double battant, dont la partie basse est constituée de soubassements en pointes de diamant, se développe entre deux volutes décorées de feuilles d’acanthe.

Dans l’architecture méridionale au XVIIème siècle, la porte d’entrée  est le morceau de choix et nous voyons ici que l’attention du sculpteur s’est portée sur la richesse des éléments décoratifs. Probablement les fenêtres sur cour, aujourd’hui disparues, devaient être à croisée de meneaux.

  • Les agrafes décoratives : aujourd’hui sur la façade arrière du musée de l’Ephèbe, Cap d’Agde.

Une agrafe est une pierre placée au sommet d’une voûte permettant son blocage, elle peut être sculptée de divers registres, on parle alors d’agrafe décorative. C’est sous l’épiscopat de Monseigneur de Saint-Simon (évêque d’Agde de 1759-1790)que les baies ouvrant sur l’Hérault se parent d’ornements usant d’un registre pour le moins original. Des têtes de grotesques héritées du moyen-âge alternent avec des visages venus des peuples nordiques arborant barbe hirsute, cheveux longs et joues pleines des Vikings. D’autres présentent des visages et des parures Aztèques, Mayas ou bien Incas révélant à la fin du XVIIIème siècle une érudition et une connaissance des civilisations sud américaines des plus fascinante. Il en va de même pour de simples éléments décoratifs mettant en scène un morceau d’architecture telle une console, mais aussi des feuilles d’acanthe ou des fleurs mettant en lumière un registre naturaliste.

Que dire de ces têtes de chat ? (une en basalte l’autre en calcaire),  doit-on y voir un lien avec l’Hôtel Albaret et sa porte dite à tête persane? Doit-on y voir une référence aux origines antiques de la ville?

De nombreuses questions restes encore à approfondir mais nous voyons que ce palais d’Agde est plus qu’une simple maison des évêques, c’est surtout le marqueur d’une évolution des connaissances et des styles au sien d’un territoire qui n’a pas livré tous ses secrets.

Un travail de recherche dans les archives nationales de Paris pourrait délivrer de nouvelles pistes et donner de précieux renseignements sur cet édifice emblématique de notre ville et sur ses illustre hôtes.

Olivier Chambon – Mission Patrimoine 2011

5-l-evolution-de-la-place-de-l-ev-ch f-vestige-d-un-plafond-peint_yvon-c f-maison-de-l-v-que-suite_olivier-c f-maison-de-l-v-que_olivier-c v1-construction_pont_suspendu v1-dupontsuspenduaupontmetallique v1-dupontsuspenduaupontmetalliquesuite v1-levolutiondelaplacedeleveche v1petit_commerces v1-un_bien_nationnal